En 1964, un accord bilatéral entre la Belgique et le Maroc ouvrait la porte à une des histoires de l’immigration la plus importante de notre pays. La communauté bruxelloise d’origine marocaine est en fait très diversifiée. Mais aujourd’hui, elle est malheureusement trop souvent l’objet de stigmatisations et d’islamophobie.
Il aurait pu en être autrement. Au début des années 1960, le
gouvernement belge écumait les marchés turc, marocain et algérien à la
recherche de la meilleure affaire pour l’importation de travailleurs
étrangers. L’Algérie venait de voir partir, après la guerre
d’indépendance, près d’un million de Français et ne voulait pas
déséquilibrer son marché de l’emploi en laissant partir la main-d’œuvre
dont elle avait grand besoin elle-même. En plus, les exigences des
autorités algériennes étaient trop élevées pour le patronat belge. Elles
demandaient que les ouvriers puissent bénéficier de conditions de vie
avantageuses et qu’ensuite, ils puissent rentrer avec une formation en
poche.
Mais la Belgique, elle aussi, avait des doutes. Elle
craignait que les travailleurs étrangers algériens ne soient trop
politisés. Et, donc, ce sont des Marocains qui ont été invités par des
affiches alléchantes à « Vivre et travailler en Belgique ». Quelques
mois après l’accord avec la Turquie, la Belgique signait un traité avec
le Maroc. C’était en 1964.
La mosaïque marocaine
Les Marocains ne forment absolument pas un bloc monolithique. « Un jeune rappeur belgo-marocain n’a plus grand-chose en commun avec son père, l’agriculteur des montagnes du Rif, écrit le sociologue Andrea Rea. Comme tout adolescent, il est ballotté entre ses propres choix et ceux de ses parents. Il fait office de mélangeur et compose une nouvelle identité propre sur la base d’ingrédients divers. Ce qu’il partage avec les Belges ne se remarque bien souvent pas. Ne s’habille-t-il pas de la même façon ? »
Plusieurs facteurs déterminent le brassage des
identités multiples de la communauté marocaine : l’âge, le sexe, la
langue, la région d’origine, le moment de la migration, le niveau
d’études, le degré de religiosité, la position économique, le lieu de
résidence et bien entendu les intérêts strictement personnels.
Commençons par le moment de migration. Alors que la première génération
de migrants est devenue relativement âgée, d’autres ne font qu’entamer
leur propre migration. C’est un premier facteur qui résulte en un monde
de différence. L’histoire de Nasreddin l’illustre bien. La procédure de
regroupement familial de son père a pris dix ans. En 1997, Nasreddin,
alors âgé de 10 ans, a pu enfin rejoindre la Belgique. Il ne parlait
alors pas un mot de français. Il évoque sa confrontation avec les Belges
marocains de la deuxième génération : « J’essayais de trouver des
copains de jeu, mais ils ne connaissaient absolument plus l’arabe. Nous
ne nous comprenions tout simplement pas. »
Les Marocains de la
première génération ne parlent souvent que l’arabe ou un des dialectes
berbères. La plupart de leurs enfants nés en Belgique ou qui les
accompagnaient en bas âge combinent chez eux le français avec la langue
de leurs parents. Des recherches montrent que, après le mariage, le
jeune couple utilise surtout le français.
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