Arrivé à Mulhouse juste après les séismes qui ont ravagé le nord de l’Italie en mai 2012, Ayoub Akil s’est adapté à sa nouvelle vie aussi vite qu’il enquille les tours de piste au stade de l’Ill. Aujourd’hui, un avenir d’athlète international lui tend les bras, mais pas seulement. Rencontre.
Il
y a cette petite pointe d’accent dans la voix, un poil d’esbroufe dans
les propos, une détermination confondante et puis ce fameux sourire
enjôleur qui, tout à tour, rappellent ses origines italiennes. Mais à
part ça, impossible de deviner qu’il est arrivé en France il n’y a qu’un
an.
Marocain de naissance mais débarqué dans la région de Modène
(nord de l’Italie) dès l’âge de trois mois, Ayoub Akil se dit, se sait,
s’accepte Italien jusqu’au bout des ongles, même si c’est un pays qu’il
avait prévu de quitter à sa majorité pour poursuivre sa scolarité de
l’autre côté des Alpes. La terre qui l’a vu grandir s’est chargée de
précipiter son départ.
« On a tout perdu »
Le 20
mai 2012 d’abord, le 29 mai ensuite, deux tremblements de terre de
grande ampleur ont frappé la région de l’Emilie-Romagne, tuant plusieurs
dizaines de personnes, causant des dégâts irréversibles et jetant à la
rue des milliers d’Italiens. Ayoub Akil et sa famille étaient de
ceux-là.
« Notre maison se situait à deux kilomètres de
l’épicentre, raconte le jeune homme de 19 ans dans un français quasi
parfait. Le 20 mai, la terre a tremblé à 4 h du matin. On dormait tous
mais on a réussi à se sauver à temps. On a dormi dans la voiture
jusqu’au tremblement de terre suivant, le 29. Les secousses se sont
succédé les unes aux autres jusqu’à midi, où tout ce qui restait debout
s’est finalement écroulé. On n’a rien pu récupérer de nos affaires, on a
tout perdu. »
Ayoub, qui houspillait son père Mohammed pour
partir en France depuis belle lurette, n’aura plus rien à ajouter. Le 18
juin, avec sa maman Najat et sa sœur Amal, ils débarquent tous les
quatre à Mulhouse pour repartir de zéro. « On a dû demander de l’argent à
gauche, à droite, c’était la galère, raconte l’élève du lycée
Schweitzer. Au début, on dormait par terre. Heureusement, des gens de
l’école nous ont trouvés du mobilier. Aujourd’hui, mon père,
ingénieur-mécanicien, n’a toujours pas retrouvé de travail. On vit un
peu des aides d’Italie et de France. »
Ayoub Akil ne se plaint
pas. D’un naturel volontaire et optimiste, il mesure la chance qu’il a
d’être toujours là, entouré des siens, dans une deuxième vie à laquelle
il s’est adapté en un temps record. Pas étonnant pour cet excellent
coureur de 800 m qui fait aujourd’hui la fierté de son nouveau club
d’athlétisme, le FC Mulhouse 1893.
« Je suis allé au meeting de
Colmar quatre jours après mon arrivée en Alsace, explique le
Haut-Rhinois d’adoption. J’ai rencontré des gens et on m’a orienté vers
le FCM. Dès le lundi suivant, j’étais au stade de l’Ill. Le président
Pascal Bleu m’a présenté à l’entraîneur du demi-fond Houssein Taifour et
c’était réglé. Le coach a corrigé mes méthodes d’entraînement, m’a
demandé de lui faire confiance. En une saison, il m’a fait gagner trois
secondes au 800 m (Ndlr : 1’52’’47 en arrivant, 1’49’’81 depuis le 15
juin dernier) , et une médaille d’argent aux championnats de France
Juniors en salle cet hiver. Pascal, Houssein et le FCM m’ont toujours
soutenu, moralement et financièrement. Je ne les remercierai jamais
assez. »
Le 3e meilleur performeur
français 2013 de sa catégorie sur 800 m aura peut-être une occasion en
or de leur renvoyer l’ascenseur en représentant l’athlétisme mulhousien
lors des prochains championnats d’Europe Juniors en… Italie (du 18 au 21
juillet, à Riéti). Car les performances du jeune demi-fondeur ne sont
pas passées inaperçues côté transalpin, à tel point qu’une sélection
sous le maillot italien est de plus en plus probable pour cet Euro, sur
800 m donc, mais aussi sur 4x400 m.
« Plus qu’un sport, un style de vie »
En
attendant ces lendemains que d’aucuns prédisent glorieux sur la piste,
Ayoub Akil fait également son petit bonhomme de chemin en dehors des
stades. Ce jeudi, il passera l’oral du bac français, avant d’entrer en
Terminale S l’an prochain. « Je ne suis ni David Rudisha, ni Hicham El
Guerrouj, je ne suis même pas un athlète, je suis quelqu’un qui cherche à
faire l’athlète, décrypte le natif de Casablanca, passionné de
politique. Je ne vivrai jamais de l’athlétisme et le savoir est une
arme. C’est pour ça que je compte aller loin dans les études. Ça va être
dur. Au début, ça m’arrivait de pleurer en rentrant du lycée. Mais je
n’ai pas envie de m’arrêter au bac. Je veux faire une classe prépa puis
passer le concours de l’école nationale supérieure de l’aéronautique et
de l’espace à Toulouse. Je me suis tracé un chemin, il faut que je m’y
tienne. »
Cette volonté peu commune, l’Italo-Marocain la doit à
l’athlétisme, « plus qu’un sport, un style de vie. » Mieux que
quiconque, Ayoub Akil sait la valeur qu’elle a.
Fabien Rouschop
Source: lalsace.fr
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