Depuis
2003, les marocains du monde ont leur journée nationale tous les 10
août. Une journée, considérée par les uns, comme trop expédiée,
loin des nombreuses attentes des participants, et jugée par d'autres
comme étant sans profondeur révélant ainsi une défiance à l'égard de la politique publique en direction des MRE et une
méfiance grandissante, justifiée ou non, à l’égard du ministère lui même, du CCME et de la
Fondation Hassan II...
Au
fil des éditions, l'ambiance était devenue lugubre
par moments, traduisant des déceptions multiples, des
confrontations politiques, des conflits d'intérêts ou des querelles
personnelles qui ont occasionné ces dernières années des
antagonismes néfastes et des altercations désolantes qui
pourraient discréditent et les institutions de tutelle et les acteurs de la
société civile MRE.
N'ayant
pas assisté à celle du 10 août 2014, et par souci d'objectivité,
je m'en tiendrai à un rôle d'observateur en insistant sur le
malaise que dévoile l'incident tant commenté de cette journée du
migrant. Généralement, et, comme dans tout conflit, le
clash survient quand il y a multiplication des insatisfactions,
accumulations de frustrations et incompréhensions mutuelles, en
l'absence de dialogue ou de médiateur consensuel.
Mais
qu'observe-t-on depuis quelques années à travers les communiqués
et les publications sur la toile? Une fièvre contagieuse, une
situation dégradée, des provocations ici et là et le débat sur
les MRE qui devient ainsi très miné, voire impossible ou dilué
dans des discordes, des fois , improductives.
On
peut observer également que les cinq millions de MRE éparpillés à
travers le monde ont presque les mêmes attentes légitimes depuis de
longues années: écoute active et réactivité des autorités
compétentes, amélioration des services consulaires, aide juridique
et administrative, communication efficace, accompagnement des
investisseurs, enseignement des langues et de la culture marocaine,
participation politique, soutien à la société civile...
En
fait, c'est l'absence de débat vraiment ouvert et structuré qui
alimente les frustrations et les malentendus notamment autour du rôle
des associations, des prérogatives du CCME et de la participation
politique. Le déficit de dialogue, l'absence totale d'espace
d'expression et d'échange sur les questions diverses touchant
directement ou indirectement les Marocains d'ailleurs ne peuvent
empêcher l'explosion des tensions insolubles un 10 août, journée
d'espoir pour ces expatriés venus du monde entier avec des
aspirations, des interrogations et des revendications.
Parmi
les dissonances, il y a aussi la question de la participation
politique des MRE. Il serait vain et maladroit de continuer à
débattre d'un acquis de la Constitution de 2011 qui considère enfin
les expatriés comme des citoyens à part entière. Ce fait ouvre
naturellement la compétition entre tous les partis marocains afin de
rencontrer les MDM au Maroc et dans les pays de vie ou de résidence
et de promouvoir leurs programmes. Cette compétition est légitime
tant que les démarches des forces politiques parlementaires seront
respectueuses des règles élémentaires de l'adversité politique et
des questions de double citoyenneté des nouvelles générations.
En
survolant le web, on ne peut qu'être frappé par les amertumes et
les désillusions et le sentiment que les attentes, sans vraies
réponses, ne suscitent que ces nombreux communiqués sur des
signatures de partenariats souvent sans effets directs, des réunions
d’information sans retour immédiat, des conventions, des fois,
sans suite ou sans suivi ...
Dans
les réseaux sociaux, certains déplorent un choix qui semble
délibéré pour les effets d'annonce. D'autres pointent les failles
d’un mauvais diagnostic, les insuffisances d’un programme
d’action ou encore l’absence d'un dispositif efficace dédié
totalement à la mise en œuvre, au suivi et à l'accompagnement de
la société civile MRE.
L'heure est à l'urgence si toutefois
le maintien du lien et la contribution des MDM au développement du
Maroc sont toujours des priorités. Cependant la démarche
unilatérale ne peut plus apaiser les esprits. Les conséquences des
tâtonnements des années 80 et 90 sont énormes. Une nouvelle
stratégie, plus consensuelle, est nécessaire car l'immigration
marocaine est en mutation permanente, ses attentes dans les pays de
vie ou au Maroc changent aussi.
L'élaboration d'une nouvelle
vision suppose des assises sous l'Égide de Sa Majesté le Roi
Mohamed VI, recours ultime dans un dossier marqué par trop d'approximations depuis des décennies. Elle exige également l'ouverture d'un débat contradictoire
impliquant toutes les composantes de la société civile, sans
exclusion aucune, le gouvernement, l'opposition, des experts et tous les
acteurs identifiés.
Les marocains du monde appellent de leur vœux une approche transparente et paritaire
lors d'une plateforme où le gouvernement et la société civile MDM
pourront proposer, débattre avant d'émettre les recommandations qui
fonderont une nouvelle politique publique plus adaptée, plus
consensuelle et plus efficace.
TAOUFIK
BENDINE Boubker
Consultant et reporter(France)
Consultant et reporter(France)
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