Cette
année 2013, Marseille est auréolée du titre de Capitale européenne de
la culture. Si la municipalité préfère mettre en valeur un héritage «
provençal », c’est plutôt la Méditerranée, lien direct avec l’Afrique,
qui a forgé l’histoire de la ville. Portraits croisés de parcours
d’immigrés.
Dans les
quartiers nord de Marseille, l’appartement d’Abdessalem respire le
provisoire. Un lieu de passage. Meubles dépareillés, vaisselles en
plastique, placards de fortune… Six mois de l’année, ce chibani de 80
ans vit dans cet immeuble réservé aux anciens travailleurs immigrés. Le
reste du temps, il profite enfin de sa retraite en famille, dans son
pays, la Tunisie… Le petit monsieur aux rondeurs généreuses est soumis à
ces allers retours pour faire valoir ses droits. Mais depuis le
printemps 2011, le quotidien du vieil homme est quelque peu bouleversé
par la cohabitation avec son petit-fils… Khaled, jeune homme svelte aux
yeux clair de 20 ans, est passé clandestinement par l’île italienne de
Lampedusa avant de rejoindre son grand père en France. Comme beaucoup de
Maghrébins, Abdessalam est arrivé à Marseille très jeune. « On avait
besoin de nous pour construire le Vélodrome… C’était un énorme
chantier ! On vivait dans de petites cabanes sur place ».
Une
immigration de masse organisée, qui a permis la reconstruction des
villes françaises. « Ensuite j’ai fait de la maçonnerie, de
l’électricité. J’ai d’ailleurs travaillé sur tous les feux rouges de
Marseille ! » poursuit-il fièrement. « J’aime la France, c’est le pays
des droits de l’Homme, des lois… Mais je suis simplement venu y
travailler pour gagner ma vie… Ma vraie patrie c’est la Tunisie ! »
raconte Abdessalam, esquissant un sourire souligné par une épaisse
moustache blanche. On imagine donc sa réaction quand il a vu débarquer
Khaled… Car contrairement à la majorité de ses amis immigrés, Abdessalam
n’a pas voulu profiter du droit de regroupement familial. « A quoi bon
ramener ma famille ? Je comptais retourner en Tunisie de toute façon !
J’ai un grand respect pour la France mais je ne voulais pas que mes
enfants grandissent ici… J’avais peur qu’ils perdent nos valeurs, nos
principes… Encore aujourd’hui je n’ai aucun regret ! » assure-t-il.
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