Depuis plusieurs années, l’immigration marocaine est perçue et
traitée principalement comme une problématique lourde à gérer vu la
diversité de cette diaspora et la transversalité des dossiers la
concernant. Les rencontres et colloques organisés par le ministère de
tutelle, le CCME ou la Fondation Hassan II ont tenté de saisir sa
réalité, ses mutations et, par-là, ses attentes afin d'initier des
politiques publiques adéquates.
Ces bonnes volontés ne sont jamais
réellement parvenues à la nécessité d’un véritable « pacte pour la
diaspora » qui ne viserait pas seulement l’actualisation du recensement
des Marocains du monde, l’amélioration des services consulaires, la
réduction des coûts de transfert, l’incitation à l’investissement, la
participation politique, l’activation des guichets uniques, etc. Mais
qui rétablirait effectivement leur place de citoyen à part entière.
Ce
pacte exige l’adhésion de toutes les forces vives du pays comme celles
de la diaspora elle-même. Les institutions chargées des
Marocains du monde devraient sans doute combiner entre les urgences et les questions
de fond. La mobilisation massive relative à ce pacte est nécessaire à
l’émergence du nouveau Maroc et à sa cohésion: personne n'ignorer le rôle de la
diaspora dans l’industrialisation et la modernisation de l’économie
chinoise par exemple.
Le gouvernement Benkirane mesure
certainement l’importance du dossier et l’approche globale qu’il
suppose : les Marocains du monde attendent un programme éducatif,
culturel, social, cultuel, économique. Il devra impliquer tous ses
ministères et multiplier les conventions, partenariats et actions dans
le cadre de ce pacte national en faveur de la diaspora qui constitue un
levier incontournable pour le développement, un facteur de renforcement
des liens avec les pays d’accueil, un acteur de la diplomatie civile ou
«parallèle» et un relais pour la promotion du « produit Maroc ».
Ce pacte exige d’abord une démarche participative n’excluant aucune
composante ou tendance de cette diaspora et une clarification des
prérogatives des institutions en charge directement ou indirectement des
affaires des MRE voire leur coordination en fonction des pertinences
de ces instances. Cela suppose également une redéfinition stricte du
rôle la Direction des affaires consulaires et sociales (DACS), et donc,
des consulats dans l’accompagnement des politiques publiques en
direction des ressortissants marocains. Sans oublier un réajustement
dans le mode de composition du Conseil de la Communauté Marocaine
résidant à l’Etranger.
Le Royaume a lancé une stratégie d’envergure
pour le développement de son économie. Le gouvernement marocain sait
pertinemment que par leur expertise large et une mobilisation sans
faille, les MRE seraient déterminants dans la réalisation de ces
objectifs. Ainsi le «Pacte national pour les MDM» les intégrerait dans
les différents plans sectoriels ou régionaux : Plan Vert, Plan
Emergence, Plan Automobile, Plan Envol, Plan Azur… voire dans les
domaines culturel, sportif, associatif et médiatique.
Certes,
cette communauté a de très nombreuses attentes. Mais un message aussi fort et une action aussi conséquente
qu’un pacte pourra sans doute permettre la dissipation des nombreuses frustrations accumulées
et des malentendus alimentés par la multiplicité des intervenants et par
le manque de communication sur leurs prérogatives pourraient légitimer
toute action gouvernementale visant ces expatriés à considérer, surtout,
comme des citoyens pouvant contribuer aux grands choix d’avenir.
L’action de tous les ministres du gouvernement Benkirane et en
particulier du instances en charge des affaires des MDM, devrait, après examen, commencer par
capitaliser sur les acquis et tenir naturellement compte des études et
recommandations du CCME, toujours attendue. Et puis, les Marocains du monde n’attendent
qu’une implication dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un tel pacte
en tant qu’acteurs et partenaires privilégiés en espérant une nouvelle
stratégie communicationnelle qui mettra fin à leur double exclusion
médiatique.
PAR TAOUFIK Boubker
Adaptation du texte publié
dans LIBERATION.ma le Mardi 17 Janvier 2012
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